Si j'avais pris des notes pendant toutes ces années, il me resterait beaucoup plus de souvenirs. Ils disparaissent si vite. Ce sont des eaux qui dégoulinent. Quelques gouttes seulement m'ont creusé des entailles visibles à l’œil nu. Que voit mon œil au présent de mes morceaux d'histoire, de ces microbéances? D'autres gouttes, peu si on les compare au flot qu'on pense contenir, restent. Elles sont là, luisantes, me remontent parfois dans les yeux, aux commissures, portent des odeurs, des visages amis, me distraient, m'animent en société, me jettent à la gamberge, me réconfortent pendant que l'incessante dégoulinade s'évanouit sans cesse dans la cascade des heures. Elles emportent dans cet évanouissement les mille sensations de mon plaisir de vivre et toutes ces rencontres que je n'aurais senties qu'au moment du passage. À l'heure dite, heure éteinte hors ces flammèches qui me font m'attendrir.
Cascade d'heures
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